Les Instantanés Décalés

8 novembre 2012

"S’IL VOUS PLAIT…Dessine-moi un photographe soudanais !"

Classé dans : Voir & revoir — isabelle gourmelon @ 6:28  

Dans ce conte, l’aviateur s’appelle Claude Iverné. Au tournant du siècle, le photographe de mode bourguignon branché atterrit dans le "Bilad es Sudan", le "Pays des Noirs". Vingt ans durant, il s’y perd ou s’y retrouve, comme on veut. Il n’en décolle plus que pour le défendre. Et il devient le promoteur (presque) unique de la photographie soudanaise sur la scène internationale. Il est de tous les (rares) débats, de toutes les (rares) expositions.
Jamais un photographe soudanais n’a été sélectionné dans l’exposition panafricaine des Rencontres de Bamako (que l’on peut légitimement considérer comme un instantané assez représentatif de l’art sur le continent). En 2005 seulement, le Soudan a droit à une exposition nationale. Commissionnée par…Claude Iverné, qui dresse un panorama passionnant.

L’aviateur dessine : « Ça, c’est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans ». Claude Iverné organise : il crée El Nour, un bureau de documentation iconographique. Plus de 12.000 clichés archivés pour donner une mémoire à la photographie soudanaise. Parce qu’aussi chétive qu’elle ait l’air aujourd’hui, elle fût jadis prolifique.

Son grand maître, Gdadalla Gubara réalisa en 1950 le premier film tourné par un Africain sur le continent, "Song of Karthoum".



"Le Soudan occupe une place à part dans la photographie en Afrique. Dans les années 70, Gaafar Nimeiry (
à la tête du pays de 1969 à 1985,  ndlr) était passionné de photographie. À l’instar de Roosevelt et de la Farm Security Administration (FSA), il a créé les archives nationales photographiques dont il se servait comme instrument de propagande. Le pays a connu à cette époque une floraison d’expositions et de clubs de photos. Chacune des trente-deux régions avait son bureau de photographes relié au ministère de la culture et de l’information", extrait du catalogue "Bamako 2005, Un autre Monde", chez Stand.

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux», répondit le renard au Petit Prince. Claude Iverné n’est pas Soudanais. Or, parmi les serpents de mer de la photo contemporaine, la nationalité de celui qui déclenche attise toujours les débats.
Contrôle renforcé des identités. L’Afrique y est habituée. En caricaturant, trois options se dessinent : 1/ vivre les pieds dans son sujet, c’est un "plus". L’artiste peut prétendre au label "authentique", qui facilite l’entrée dans les bons circuits de bons sentiments internationaux. 2/Appartenir à la diaspora ? Pourquoi pas ? Cela rapproche des centres de décision. Mais pas depuis trop longtemps, sinon ça fait louche…3/ Ne pas être Africain, là, c’est la présomption de culpabilité assurée ! Néocolonialiste, voleur d’intimités, dictateur de regards, vampire du malheur des autres…Et si Hérodote avait eu un réflex , aurait-il été moins légitime à photographier qu’à écrire ?
La vraie question n’est-elle pas moins la couleur de Claude Iverné que la paresse des organisateurs d’événements "culturels" qui tendent mollement le micro toujours au plus près ?

A voir aussi : la galerie Clémentine de la Feronnière 

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