Les Instantanés Décalés

30 mars 2009

FESPACO 2009 : le cinéma africain entre clair et obscur

Filed under: Exposer & fêter — isabelle gourmelon @ 2:42

Fespaco 2009 : la caissière © Isabelle GourmelonUne sélection inégale, une organisation débordée, la 21e édition du Fespaco (du 28 février au 7 mars 2009) n’a pas dépoussiéré un événement pourtant unique en Afrique. Ce rendez-vous incontournable du 7e art africain, attendu tous les deux ans par les cinéastes du continent, a gardé, à pourtant 40 ans, tous les travers de l’adolescence. L’enthousiasme populaire en moins. Au fil des ans, les Burkinabés sont fiers d’héberger LE festival du cinéma africain ! Avec leurs 13 salles de cinéma, ils sont enviés par les Camerounais (130 salles dans les années 1970, une seule aujourd’hui) ou par les Sénégalais (encore 75 cinémas dans les années 1980 mais plus aucune salle à Dakar depuis la fermeture de la salle mythique Le Paris, chantée par Amadou et Mariam). Pourtant, ils y participent de moins en moins. 


Fespaco 2009 : le Oubri © Isabelle Gourmelon
Salles désespérément vides

Les onze salles de cinéma à ciel ouvert de Ouagadougou (sauvées in extremis de la faillite par la Caisse nationale d’assurance-maladie) ouvertes pour l’occasion… sont restées vides. À 500 francs CFA la place (0,75 euro), ou 1.000 à 1.500 francs CFA dans les deux uniques salles climatisées (soit le salaire journalier d’un ouvrier du bâtiment), le choix est vite fait. Pour ramener les Ouagalais dans les salles, les autorités, ont pourtant cette année, pour la première fois, interdit les projections publiques gratuites. C’est raté ! Le Fespaco n’est plus une fête populaire. Pour les veinards « badgés », tout se passe donc autour du tapis rouge du Ciné Burkina. On y croise les « stars » du cinéma africain. Tous réalisateurs parce que les acteurs, rarement invités, manquent le plus souvent au palmarès. Le Tchadien surnommé « le sage » Mahamat Saleh Haroun, réalisateur du chef-d’oeuvre « Daratt », le Mauritanien Abderrahmane Sissako, auteur de « Bamako » et du magnifique « En attendant le bonheur », engagé dans un vaste projet de réouverture des salles de cinéma en Afrique, le Burkinabé Idrissa Ouedraogo, auréolé d’un prix spécial à Cannes en 1990 ou bien l’excentrique Ivoirien Sidiki Bakaba… Ensemble, ils forment le club très fermé des « 35 millimètres ». Ceux-là, « solvables » et « présentables » dans les festivals internationaux pour cinéphiles occidentaux, parviennent à financer leurs films par la coopération internationale.
Pour les autres, le seul salut est numérique. Et ça marche : le cinéaste burkinabé Boubacar Diallo, en compétition avec « Coeur de lion », a ainsi tourné huit films en HD en cinq ans, financé sur ses économies et avec des sponsors privés. Une frénésie de tournage payante puisqu’il jouit d’une réelle popularité dans la rue ouagalaise. Entre les deux, c’est la querelle des « anciens » et des « modernes », qui consacre finalement une production à deux vitesses !

Fespaco 2009 : l’écran © Isabelle Gourmelon
Films populaires low-cost

« Pour attirer les spectateurs dans les salles, il faut faire des films qui parlent au public, et non à une élite, promouvoir des têtes d’affiche, assurer une production régulière pour fidéliser et entretenir l’amour des Africains pour le cinéma », martèle Boubacar Diallo, qui se félicite de remplir les salles avec ses films low-cost. « Les Africains adorent aller au cinéma à condition de leur offrir ce qu’ils attendent : des histoires plus proches de leur réalité », confirme Rodrigue Kaboré, gérant des salles Burkina et Neerwaya. Ce débat, Mahamat Saleh Haroun le rejette catégoriquement : « Chacun fait ce qu’il souhaite mais je refuse de faire des films foutraques pour être un vrai Africain ! J’ai beaucoup de réserves sur un nouveau modèle du cinéma, qui serait une pâle copie des recettes des séries commerciales pour la télé. À un moment, il faut arrêter de dire qu’il faut que les films soient rentables dans un espace purement africain.»

Fespaco 2009 : la file d’attente © Isabelle Gourmelon
Politique volontariste

Qualité ou pas, pour trouver son public, le cinéma africain ne pourra sortir la tête de l’eau sans le soutien des pouvoirs publics, à l’image de la politique volontariste du Maroc et de l’Algérie, qui entendent développer une industrie et un réseau de salles de cinéma. « Le secteur est en train de mourir à petit feu et le gouvernement doit prendre des mesures concrètes, comme l’allégement des taxes. On dépense bien des milliards pour le football ! Le cinéma doit être une priorité pour un pays en développement, il participe à l’éducation et à l’éveil des populations », plaide Rodrigue Kaboré, qui cite souvent l’exemple sud-africain de soutien des salles (exonération de taxes).
Il y a urgence. Car aux fermetures de salles répond l’explosion des « ciné-clubs », ces échoppes de quartier dans lesquelles sont projetés à très bas prix (50 à 100 francs CFA), des films sur VCD, piratés pour la plupart. On en dénombre déjà presque 200 à Ouadagoudou. Les professionnels s’inquiètent de cette concurrence jugée déloyale. Mais ce qui motive Nanema Boubacar, exploitant dans le quartier populaire de Saint-Léon, c’est l’amour du cinéma, et le faire partager aux enfants et aux jeunes désoeuvrés.

Palmarès du Fespaco 2009

Le vainqueur de l’étalon d’or s’est vite imposé parmi les festivaliers : « Teza », du réalisateur éthiopien Haïlé Gérima, raconte le parcours d’un intellectuel éthiopien, des années 1970 à aujourd’hui. Le cinéma sud-africain a lui été consacré par l’étalon d’argent avec « Nothing but the truth » de John Kani. Le film d’action « Jerusalema » et l’ovni « Triomph » ont témoigné du dynamisme du cinéma sud-africain. Le Maghreb a remporté l’étalon de bronze, avec « Mascarades » de l’Algérien Lyes Salem. À noter l’inventivité des réalisateurs avec des courts-métrages comme « Sektou » (« Ils se sont tus… ») de l’Algérien Benaissa Khaled, « Poulain d’or », ou l’étonnant « Revenant » du Marocain Mohamed Ahed Bensouda.

 

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :