Les Instantanés Décalés

20 novembre 2009

DÉMOCRATISATION : l’alibi schizophrène

Filed under: Voir & revoir — isabelle gourmelon @ 6:10
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« Hein ? » , « connais pas », « le truc-là ? Non j‘irai pas ». Dans la rue, les Bamakois ignorent les Rencontres de Bamako; Les quelques reportages de la télévision nationale et les rares affiches placardées sur les grands axes n’ont pas suffi à mobiliser les citadins. La gratuité des lieux d’exposition non plus n’a pas fait recette : c’était pourtant un argument de poids à la veille de Tabaski, la sacrosainte fête musulmane du mouton, où ovins et vêtements neufs sont non négociables. La Biennale de la photographie reste donc pour les 2,2 millions de Bamakois un mirage.
Etrange indifférence pour un événement vieux de quinze ans ! D’autant plus que la démocratisation de la photographie africaine est inscrite dans l’ADN des Rencontres depuis leur création. Comment pourrait-il en être autrement d’un événement financé exclusivement par les coopérations française et européenne (900.000 euros en 2009) dans un des pays les moins avancés (nouvel euphémisme onusien à la mode) ? Bamako est pourtant devenue l’escale sahélienne du tour du monde perpétuel du barnum de l’art contemporain, dont la frontière la plus flagrante se dresserait entre ceux qui peuvent la quitter et les autres. Perfidie ! Afro-pessimisme notoire !
Bien sûr, les Rencontres brisent l’isolement des photographes africains; sans conteste, elles obligent le marché de l’art à regarder une fois tous les deux ans le panorama polymorphe d’une photographie dynamique. « Placées entre les Rencontres d’Arles, partenaires cette année de la Biennale et Paris Photo, (les Rencontres de Bamako) contribuent à l’émergence et l’inscription de la photographie africaine contemporaine et de ses diasporas sur le marché de l’art », Olivier Poivre d’Arvor, directeur de Culturesfrance, co-organisatrice de la Biennale.
Mais cela ne suffit pas aux organisateurs. Extraits du catalogue de la Biennale 2009 : « les Rencontres de Bamako, on le sait, sont confrontées au défi de mobilisation du public local. (…) Pour cette édition, un effort particulier sera fait pour mettre en place une scénographie urbaine comprenant des affichages grands formats dans les rues et les espaces publics», Samuel Sidibe, délégué général de la Biennale. «La volonté d’investir la ville et de rendre la photographie plus visible passe aussi par l’investissement de l’espace urbain et par l’implication des Bamakois », Michket Krifa et Laura Serani, directrices artistiques des 8emes Rencontres de Bamako.
En vrai, rien ne s’est passé. A peine les professionnels internationaux envolés, les hôtesses et les gardiens des sanctuaires d’exposition ont pris leurs quartiers d’hiver. D’ici le 7 décembre, dernier lundi de la Biennale, les visiteurs ne se bousculeront pas. Contrairement à Arles ou Perpignan, les Rencontres ne drainent pas vers la mégalopole africaine une horde de touristes avides de loisirs culturels.
A quoi sert donc une biennale ? Alors que le débat clapote dans tous les coins du monde, l’exemple de schizophrénie bamakois est instructif. Ne pas être dupe de l’alibi populaire. A sa manière, brutale et ironique, l’artiste camerounais Billy Bidjocka résume le malaise provoqué par la fracture du discours et des actes : « Des armées de bons sentiments pour quoi faire » (insolite carte de visite, caractères noirs sur fond or). Un dark punk rafraichissant dans un océan de bienséance.

2 commentaires »

  1. L’important, ce n’est pas la reconnaissance de l’artiste en tant qu’Africain, mais bien en tant qu’artiste. S’il est vrai que Bamako a beaucoup œuvré pour la reconnaissance internationale de certains photographes africains, peut-être que le temps est venu de réfléchir à une nouvelle biennale ouverte à tous les artistes, même si le continent doit être sur représenté.

    Commentaire par Ben — 19 avril 2010 @ 12:20 | Répondre

  2. Belle analyse, j’ai hâte de lire ton opinion sur l’utilité de la biennale de l’art africain contemporain qui se tiendra du 7 mai au 7 juin prochain à Dakar ou encore sur l’impulsion créée autour du cinéma africain depuis le festival de Ouagadougou ! Même hypocrisie, même efficacité ? J’espère que les organisateurs, les observateurs, et autres acteurs de la coopération auront au moins passé un bon moment ensemble. Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir !

    Commentaire par Laure — 22 avril 2010 @ 3:10 | Répondre


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