Les Instantanés Décalés

20 novembre 2009

LA FRONTIÈRE DU QUOTIDIEN : un vrai bol d’air

Filed under: Voir & revoir — isabelle gourmelon @ 4:11
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Bamako 2009 se drape, jour après jour, dans un flou artistique oppressant. Comme des photos voilées déroulées au ralenti sur la ville des photos. Aucun « off » pour rafraîchir notre torpeur. Aucune surprise pour paver l’itinéraire, routinier déjà, des festivaliers : hôtel, musée national, hôtel. On est loin de l’underground bruyant, qui choque, dérange ou réjouit. Les artistes non sélectionnés sont muets. Les « Contours » qui sillonnaient les éditions précédentes ont disparu sans héritier.
Il parait que cette année, le « Off » a été sacrifié sur l’hôtel du « in » par crainte d‘une concurrence déloyale. Off the record bien sûr ! Mais qui peut croire à une querelle si mesquine entre des défenseurs proclamés de la promotion et de la démocratisation de l‘expression artistique dans les pays ancrés sur la voie du développement ? Non, les aléas techniques sont une thèse bien plus crédible…
« Fiches d’identification ». C’est donc au hasard d’une clope sur pelouse que Marthe Bolda nous invite à Sabalibougou. Elle est photographe et chorégraphe. Camerounaise, elle habite depuis plusieurs mois dans ce presque village en périphérie de la conurbation galopante de Bamako. Ce quartier abrite le centre Karim Togola, lieu de spectacles, de danses et de concerts.
Investis de leur seule initiative, Marthe et Amadou Sanogo y expose une installation en miroir : « fiches d’identification ». A droite, le patchwork de portraits serrés de Marthe. A gauche, le mur d’Amadou, où pendent des couvercles de boîtes de tomates dont se servent les talibés pour mendier. Au milieu, la frontière du quotidien où les deux artistes sont chez eux.
Elle a photographié les enfants qu’elle connaissait, a négocié un tirage autocollant et leur donnera à tous leur petit carré de photo. Lui a fait parler les enfants et transcrit sur le fer leurs fulgurances : « j’ai faim », « mon chien est malade », « noir et fier », « je souffre dans ma peau », « la drogue a tué Moussa », « c’est ma photo »…Des mots qui se perdent quotidiennement dans les bruits de la rue. La proximité de l’œuvre avec son milieu, créée avec lui et pour lui, raisonne, rendant encore plus assourdissant le silence des salles d’exposition. Un vrai bol d’air !

Nous avons adoré: la série de performances filmées de Marthe Bolda « Check Point », où l’artiste trimbale une foultitude de valises tantôt sur les voix de chemin de fer de Bamako, tantôt dans la gare de Lille Europe…

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