Les Instantanés Décalés

20 novembre 2009

LOOKING FOR SIMON

Filed under: Voir & revoir — isabelle gourmelon @ 7:13
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« Même heure, même punition ». Après minuit, gin tonic, cigares et débats d’art. Quand la Biennale de la photographie de Bamako s’endort, sa contre-biennale s’éveille. Les mercenaires de l’art contemporain rejoignent leur repère; le Blabla Bar, quartier de l’hippodrome, les accueille jusqu’à l’aube. Salle Beyrouth. La face Bon Chic Bon Genre des Rencontres s’efface devant un côté pile plus radical, plus électrique. Une zone grise où l’ironie flirte avec le « no future », où la critique a tous les droits.
Là quand même ! Un homme habite l’endroit tous les deux ans. Ecrivain, critique et commissaire incontournable de l’art contemporain africain, Simon Njami est là. Il rencontre. Il n’est plus pour la première fois depuis 2001 commissaire des Rencontres. Mais, il est là.
Cette année-là, Simon Njami hérite de l’évènement lancé en 1994 par Françoise Huguier, photographe française tombée amoureuse du Mali en général et de sa photographie en particulier. Celle de Seydou Keita, le proto-portraitiste africain le plus célèbre (ParisPhoto 2009, 30.000 euros pour un tirage).
Beau bilan. Simon Njami se fixe alors trois objectifs : crédibiliser les Rencontres grâce à une direction artistique exigeante, animer l’inter biennale pour offrir mieux qu’une semaine en vitrine tous les deux ans aux photographes africains, et mettre les photos sous les yeux des Bamakois. Adepte de la «co-responsabilité », il reconnaît volontiers la sienne dans les ratés : le Centre de Formation de la Photographie survit sous perfusion de la coopération suisse et devrait fermer cette année; les expositions hors les murs de Contours, le « off » de ses quatre éditions, réjouissaient les artistes mais sont restées confidentielles et ont été arrêtées en 2009. Il invoque aussi le kafkaïen déblocage des fonds de la coopération, l’atonie des politiques, la logistique toujours périlleuse…Deux fois déjà, il avait failli arrêter. Pourtant, l’inscription de ses Rencontres comme une étape à part entière du marché international de la photographie est incontestablement une réussite. De très nombreux photographes y ont trouvé un précieux espace (Samuel Fosso, Sammy Baloji, Angèle Etoundi Essamba, Mohamed Camara…).
No comment. Ombre omniprésente, Simon Njami est donc cette année en «visite privée». Il connaît tout le monde et droppe les réceptions, ignore les journalistes et se concentre sur les artistes. No comment. Il ne dira pas si les photographes récompensés cette année sont «indispensables», parce qu’ils traduisent «un monde (intérieur, ndlr) dépourvu de la vulgarité et des facilités des images dont notre société nous abreuve» (Introduction du catalogue des Rencontres de 2005). Quoiqu’il en soit, en marge des workshops qu’il organise au lendemain de la semaine professionnelle, il rappelle les fondamentaux aux artistes participants qu’il a pris soin de sélectionner : complaisance zéro, haro sur l’exotisme et plein feu sur la prochaine étape. Pour lui, ce sera Le Caire, Lubumbashi, Luanda…
Devoir de violence. Cocktail de réalisme glacé et d’enthousiasme, le père d’Africa Remix ne semble pas, à 47 ans, avoir renoncé au « devoir de violence », cher à son cher Jimmy Baldwin. Une vision qui poussait parfois l’écrivain noir américain devenu spokesman de la lutte pour les droits civiques à « agresser verbalement tous ceux qui avaient l’air de ne pas comprendre, tous les hommes et femmes de bonne volonté trop mous pour admettre sa terrible vérité » (« Devoir de violence » , lire ci-dessous). Le style Njami est de loin plus civil, plus pédagogue. Mais comme Baldwin, Simon embarque jusqu’au bout de la nuit ceux qui tiennent le coup. Tchin!

 

Pour le lire :

Les indispensables :
« James Baldwin, ou le devoir de violence », Seghers, 1991
« Africa Remix », Editions du Centre Pompidou, 2005
« Anthologie de la photographie africaine et de l’Océan Indien », Revue Noire, 1998
« Cercueil & Co », Lieu Commun, 1985

– Les contes :
« Les enfants de la cité », Folo Junior, 1987
« Les clandestins », Folio Junior, 1989

– Les catalogues et autres :
Les Rencontres de Bamako, Sand, 2001 « Mémoires intimes d’un nouveau millénaire », 2003 «Rites profanes, rites sacrés », 2005 «Un autre monde », Marval, 2007 « Dans la ville et au-delà »

la préface de « Seul l’air », Laurence Leblanc, Actes Sud, 2009
« Les Afriques, 36 artistes contemporains », Autrement, 2004
« Flash Afrique », Steidl, 2002
« Ethnicolor », Autrement, 1987

– Le dernier :
« C’était Léopold Sédar Senghor », Fayard, 2006

Et aussi le site de la mythique Revue Noire

Monumental Blabla Bar

Au bar trônant, Seiba Keïta veille
avec bienveillance sur la nuit bamakoise.
Depuis de nombreuses années,
son joyeux Blabla Bar
cueille chaque noctambule,
à la tombée de la nuit
ou à l’aube.
Mise en culture hors-sol
pour saveur garantie.
Prévenante équipe historique,
Fred et Nasser papillonnent.
Santé bonheur !
On est ensemble.

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