Les Instantanés Décalés

20 novembre 2009

Bamako 2009 : UN PALMARÈS TRÈS COMME IL FAUT

Filed under: Voir & revoir — isabelle gourmelon @ 8:10
Tags: ,

Des «travaux simples qui vont à l’essentiel».

Voilà résumé l’état d’esprit du jury des 8ème Rencontres de Bamako.«Nous sommes très vite parvenus à un consensus », se félicite Els Barents, jurée et directrice de Huis Marseille au Museum for Photography d’Amsterdam lors de la remise des prix. Pourtant, jamais depuis 2001 autant d’artistes n’avaient été à l’affiche : 54 photographes et vidéastes (400 dossiers de candidature),de tout le continent. Le Soudan et le Tchad sont représentés pour la première fois. Les deux nouvelles commissaires, Michket Krifa et Laura Serani, sont ravies.

Podium. Le Nigérian Uche Okpa Iroha remporte le grand prix Seydou Keïta avec « Under bridge life » (remis ci-contre par Malick Sidibé, photographe, assis, et Mohamed el Moctar, ministre de la Culture, debout, au fond, Samuel Sidibé, délégué général de la Biennale). Son rai de lumière qui divise le monde souterrain des pauvres avait déjà inspiré sa compatriote Bukkie Opebiyi en 2005 pour les Rencontres sur le thème « Un autre Monde ». Jodi Bieber, Sud-Africaine, est récompensée sans surprise tant elle le méritait déjà lors de la dernière édition; elle obtient le prix de l’Union Européenne pour un reportage poignant «Going Home » sur les centres de rétention des clandestins mozambicains en Afrique du Sud. Baudoin Mouanda obtient le prix Jeune Talent de Bolloré Africa Logistics (exposé jusqu’au 11 juillet 2010 au musée Dapper pour une série sur les sapeurs congolais). Et Zanele Muholi le prix Casa Africa pour sa vision intime de l’homosexualité en Afrique incarnée par un travesti rescapé d’une très longue nuit. Le Camerounais Guy Wouete remporte le prix de la francophonie avec une vidéo éruptive d’homme volcan. Berry Bickle et Abdoulaye Barry, respectivement zimbabwéenne et tchadien, sont contraints de se partager le prix « coup de coeur » du jury et sa dotation de 2.000 euros, bien que ce dernier reconnaisse que tous les deux, travaillent déjà « avec une économie de moyens ». Monuments de concision, les commentaires du jury sur les gagnants sont publiés par CulturesFrance.  Enfin le prix Elan a été décerné à Salif Traoré pour son « rêve non réalisé » minimaliste. Bien involontairement, le jeune photographe malien est monté sur le podium accueilli, pour quelques secondes de retard, par un « bijou de racisme ordinaire »  :  ton agacé du représentant de l’Agence Française de Développement (AFD) « le prix d’un bailleur, ça vient se chercher quand même ! » On aimerait être ailleurs.

La seule surprise du palmarès vient sans doute de l’absence de photographes maghrébins pourtant très présents et créatifs (Mohamed Bourouissa, Arwa Abouon, Hassan Hajjaj, Kader Attia…).

Frontières. Le thème « Frontières » très vaste (trop ?) a permis toutes les interprétations. Parfois, spectateur perdu cherche ligne. Seydou Camara, auteur d’une série de portraits d’albinos titrée « Bibiane » (sujet traité aussi hors compétition par Alain Turpault dans « enfants de la lune, 2007 » au centre culturel français de Bamako), raconte son cheminement : son projet d’aller à une des frontières du Mali avorte faute de moyens; sur RFI, les meurtres sacrificiels d’Albinos en Afrique de l’Est s’accrochent en haut des Unes macabres;  « c’est une bonne idée » : la frontière invisible que la couleur de leur peau dresse autour des Albinos sera son sujet.

Imaginaires ou physiques, intimes ou collectives, les frontières en Afrique sont « artificielles comme une déchirure de l’histoire » (Jean Bosco, historien, table-ronde « Des frontières et des hommes »). Celles présentées aux 8ème Rencontres sont loin de ressembler à la définition d’Edouard Glissant. Pour l’écrivain martiniquais, cité à la même table-ronde par Manthia Diawara, enseignant de littérature et de cinéma à New York University, « nous avons besoin des frontières, non plus pour nous arrêter, mais pour exercer ce libre passage du même à l’autre, pour souligner la merveille de l’ici-là. (…)La frontière est cette invitation à goûter les différences, et tout un plaisir de varier. (…)Il n’y a de frontière que pour cette plénitude enfin de l’outrepasser, et à travers elle de partager à plein souffle les différences. »(« Il n’est de frontières qu’on outrepasse », Edouard Glissant, Le Monde Diplomatique, oct. 2006). A suivre.

3 commentaires »

  1. Magnifiques ! J’aime beaucoup l’African Marilyn des champs !

    Commentaire par Piliu — 21 avril 2010 @ 11:26 | Répondre

    • Merci F. pour ton commentaire sur Miss Divine, folle des champs. Zanele Muholi expose ce printemps à Lyon et Apt cet automne. Son engagement militant pour les lesbiennes en Afrique du Sud est à l’origine de sa photographie. Un combat très difficile tant la cause des homosexuels est sur le continent un tabou majeur. A lire, son interview par Têtu

      Commentaire par Isabelle Gourmelon — 26 avril 2010 @ 8:09 | Répondre

  2. comme j’aime la citation d’edouard glissant sur les frontieres… déchirures de l’histoire en Afrique… mais surtout cette idée de la frontiere sans laquelle il n’y aurait pas de passage au mystère de l’autre…

    Commentaire par claire — 26 avril 2010 @ 7:49 | Répondre


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :