Les Instantanés Décalés

3 août 2010

« UN HOMME QUI CRIE » : un film impressionniste


"L'homme qui crie" affiche (c) Franck VerdierAlors que les discours afroptimistes déferlent sur le jubilé des Indépendances, «Un homme qui crie » nous dévoile une réalité presque clandestine. Juste chuchotée.
Surprenant, le Figaro n’a rien entendu (« un film sans intention« ).
Premier film africain sélectionné à Cannes depuis 1997 ans, il est sérieux. « Rugueux« , dit Première. « Récit contemporain et circonstancié », selon Le Monde. Un père, évincé par son propre fils Abdel de son emploi de maître-nageur, le « donne » à l’armée comme tribut. Rongé par le remord, Adam brave la guerre civile pour le délivrer.
Prix spécial du jury du 63e Festival de Cannes, « Un homme qui crie » nous plonge dans la violence intime.

"Un homme qui crie" équipe du film à Cannes, 2010
Mahamat-Saleh Haroun pose une nouvelle pierre à son œuvre impressionniste.Une nouvelle variation de son thème fétiche : la relation père-fils. Par petites touches, tantôt vives, tantôt pastels, le réalisateur tchadien nous entraîne dans l’intimité de Son Afrique. Presque unique représentant du cinéma africain, il poursuit du même coup son tour des prix du Jury des festivals les plus prestigieux du monde : à Venise pour « Daratt, saison sèche » en 2006, et donc à Cannes pour « L’homme qui crie » en 2010. Récompenses prestigieuses ou pas, ses films ne seront vus que par une poignée de cinéphiles, encore moins nombreux au Tchad où il n’y a pas de cinéma qu’en Europe. Plus que dommage.

"Un homme qui crie", conférence de presse 2, Cannes 2010

Entendre l’Homme crier, c’est accepté de se soumettre au silence imposé par Mahamat-Saleh Haroun. Des plans longs, des dialogues parcimonieux et anodins, le cinéaste parle de son pays. Essoufflé, épuisé…L’intériorité, le mutisme presque agaçant du héros, le rôle des femmes, entre pleurs et silence, l’anonymat familial des bourreaux, tout est suggéré. Comme personne, il filme l’effervescence tamisée des ruelles sablonneuses de N’Djamena, l’isolement collectif des hommes dans les petits coins à bière, la violence de l’incertitude.

"Un homme qui crie" 4 (c) Franck Verdier

Dans le cinéma de Mahamat-Saleh Haroun, il faut plonger. Comme son héros, Adam, premier maître nageur du Tchad, s’abandonne à la vanité avant de sombrer dans la détresse. Comme son acteur fétiche, Youssouf Djaoro, s’enfonce corps et âme dans l’univers flottant du réalisateur.
De l’apnée que nous propose le réalisateur, le pathos est absent : son exode à l’approche des rebelles est silencieux, résigné, habituel. Sa guerre dans l’Est du pays, si proche des horreurs du Darfour, se déroule sans bataille, ni rafales; elle ne se perçoit que dans ses conséquences. Comme un courant continu.
En clair : une plongée unique dans une Afrique, propre et démunie, angoissée et introspective, désertique et désespérée.
Dans les salles le 29 septembre 2010. 

A lire : l‘interview du réalisateur par RFI et en vidéo sur Arte
A voir : la montée des marches
la bande annonce
le licenciement

 

 

 

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